À l’initiative du Président Emmanuel Macron, la première édition du Forum de Paris sur la Paix aura lieu à Paris les 11, 12 et 13 novembre 2018.

L’Arabie Saoudite est toujours l’invitée opaque d’Emmanuel Macron malgré l’affaire Khashoggi et la situation au Yémen. La coalition sous commandement saoudien vient de mener des dizaines de frappes aériennes à Sanaa. 

Pour Emmanuel Macron, faire le lien entre l’assassinat récent du journaliste Jamal Khashoggi et le conflit au Yémen relèverait de la « pure démagogie ». 

Au sujet de la vente des armes par la France à l’Arabie Saoudite, la question ne se pose pas « mon agenda n’est pas dicté par les médias, que ça vous plaise ou non ».

Les propos du président de la République sont insoutenables et suscitent une émotion légitime.

L’affaire Khashoggi a eu le mérite de révéler au monde entier les pratiques plus que douteuses de l’Arabie Saoudite et par ricochet leur implication dans le conflit au Yémen soulevant l’épineuse question des ventes d’armes par de nombreuses puissances étrangères, dont la France.

Pour la chancelière allemande, Angela Merkel, il ne s’agit pas de démagogie. Au contraire, elle vient de suspendre ses ventes d’armes face à cette crise humanitaire et en réponse à l’affaire Khashoggi. 

De nombreux pays exportateurs d’armes ont également fait le lien avec le conflit au Yémen et ont ouvert les débats. Des enquêtes parlementaires sont même menées sur les conditions dans lesquelles sont exportées et utilisées ces armes. C’est le cas de la Belgique, de la Suède et du Royaume-Uni.

Seulement, la question des ventes d’armes n’est pas au calendrier d’Emmanuel Macron. La position du chef de l’État n’est donc plus acceptable. La France a une responsabilité morale importante dans la situation au Yémen. Elle est ainsi impliquée dans un conflit qui sévit depuis 2015. En effet, les forces armées de la coalition sont menées par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

De facto elles profitent allègrement des armes vendues par la France. La ministre des armée, Florence Parly, à par ailleurs déclarée mardi 30 octobre au micro de Jean-Jacques Bourdin que : « la guerre au Yémen était sans issue », « qu’il était temps qu’elle se termine. Elle a toutefois minimisé l’implication de la France: « La France est un fournisseur modeste de l’Arabie saoudite ». Elle lui a tout de même vendu pour 11 milliards d’euros d’armement en 10 ans.

Cette guerre engendre la misère et la malnutrition. Les enfants en sont les premières victimes. Plus de 5 millions d’entres eux sont cloués aux portes de la famine. Pour rappel, un enfant y meurt toutes les deux minutes. Il ne s’agit pas de démagogie mais d’une dramatique réalité. Par ailleurs, les Nations unies tirent la sonnette d’alarme sur la « pire crise humanitaire au monde ».

La France ne peut plus se permettre la politique de l’autruche et continuer de se réjouir des ventes record et de leurs capacités meurtrières.

Stéphane Mayer, PDG du groupe Nexter ( fabriquant de blindés) avait déclaré devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale au sujet des chars Leclerc : « je vous confirme que leur implication au Yémen a fortement impressionné les militaires de la région »

La France, patrie des droits de l’homme, doit être à la hauteur de ses valeurs et de sa vocation.

Elle doit impérativement :
-suspendre ses exportations d’armes vers l’Arabie Saoudite.
-stopper dans les plus brefs délais la maintenance des chars, avions et autres matériels livrés aux belligérants
-ouvrir une enquête parlementaire quant aux éventuelles participations de soldats français dans le conflit au Yémen.
-engager des négociations pour mettre fin à la guerre au Yémen.

Le président de la République doit garder à l’esprit la résolution du parlement européen sur la situation au Yémen du 30 novembre 2017 et les conclusions du Conseil européen du 25 juin 2018 qui soulignaient que les pays exportateurs d’armes qui alimentent le conflit au Yémen risquent d’être complices de crimes de guerre.

C’est pourquoi nous demandons expressément à Emmanuel Macron que la situation au Yémen soit impérativement inscrite à son agenda.

Alors que nous célébrons le centenaire de l’armistice et de la Grande guerre et que 80 chefs d’états sont attendus à Paris pour le Forum de Paris, que la France et l’Allemagne, ont leur destin inextricablement lié pour le renforcement d’une Europe, en proie aux interrogations, le hiatus entre Paris et Berlin né de l’affaire Khashoggi ne doit pas s’approfondir d’avantage.

Tribune du Collectif contre la famine au Yémen envoyée au journal Libération

Par ailleurs, le Collectif Contre la Famine au Yémen appel à un rassemblement de protestation. Renseignements et informations ici: 
https://www.facebook.com/events/343869316373658/

Les premiers signataires : Thierry Paul Valette, président de l’Égalité Nationale et porte-parole du Collectif Contre la Famine au Yémen; Geneviève de Fontenay, présidente d’honneur du Comité Miss Prestige National; Éva Darlan, actrice et réalisatrice; Ibrahim Sorel Keita, PDG de BDM TV; Emmanuel Dupuy, président de l’IPSE, Institut Prospective et Sécurité en Europe; Fiona Gélin, actrice; Rosalie Kerdo, présidente fondatrice FSE-Fraternité Solidarité Emploi, Almamy Kaloko, président de Grad Guinée; Cécile Ferrovecchio, sociologue et auteure; Bernard Moncel, journaliste; Jessica Cardiny, journaliste fondatrice de Stess News; Stop the war on Yémen; Salam for Yémen; association solidarité Yémen; Help Yémen; le CODI, centre d’observation des inégalités.

 

Source: Thierry Paul Valette pour le club Mediapart

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